L'influence créatrice du directeur de la photographie est déterminante au cinéma. Il est responsable, en collaboration avec le réalisateur, de la conception visuelle générale du film. Cela inclut non seulement la composition de l'image et le choix des angles et des mouvements de la caméra, mais également la préparation des éclairages. Or, la juste combinaison des ombres et de la lumière est l'un des éléments essentiels à la création d'une image de qualité. Le talent et la personnalité du directeur de la photographie s'expriment, entre autres, par sa maîtrise de la lumière et son habileté à éclairer le plateau.
Un directeur de la photographie doit donc être capable de maîtriser la lumière dans toutes les circonstances, qu'il soit dans l'environnement contrôlé d'un studio ou en tournage à l'extérieur, où la lumière naturelle impose de nombreuses contraintes auxquelles il faut savoir s’ajuster. Quelles que soient les conditions, le directeur de la photographie a comme mission de conserver une continuité visuelle d'une scène à l'autre, qui respecte l'ambiance souhaitée et l'esprit du film.
Il travaille en étroite collaboration avec le réalisateur, le chef éclairagiste et le chef machiniste. Il coordonne les assistants à la caméra, le cadreur, l'opérateur de Steadicam et de tout autre type de support caméra, ainsi que l'opérateur de reprise vidéo.
Pendant le tournage, le directeur de la photographie est responsable de la mise en valeur des acteurs et des décors en fonction du découpage technique. Sur le plateau, il doit guider le chef éclairagiste et bien lui communiquer ses besoins. Il doit aussi vérifier ses prévisions quant à l'emplacement et les mouvements de la caméra. En compagnie de son assistant, il définit la profondeur de champ, les zones nettes (au focus) et floues (hors focus). Avant la prise, il voit à l'ajustement des éclairages.
Notions de lumière
Il ne faut jamais sous-estimer l’importance de la lumière lorsque vous tournez un film : une bonne lumière fait toute la différence entre une impression d’amateurisme et de professionnalisme. Vous pouvez obtenir une excellente image à partir d’une seule source de lumière (un spot). Voici quelques trucs et exemples pour mieux vous y retrouver.
Contrairement à l’instinct, ne dirigez jamais un éclairage directement sur le visage de votre acteur. Si vous utilisez une lumière frontale, l'image aura l'air plus écrasée.
À l’inverse, il est peu recommandé d’utiliser une lumière à contre-jour, c’est-à-dire, une lumière qui fait face à la caméra. Le contre-jour est utilisé si vous désirez créer un effet précis (aveugler votre spectateur, exagérer l’aura lumineuse d’un personnage, etc.).
Plan tiré de Grimaces de Ian Lagarde et Gabrielle Tougas-Fréchette (2016). Photographie: Ian Lagarde
En résumé, placez toujours votre lumière en angle par rapport à votre sujet.
L'éclairage en trois points
La face : Si vous n’avez qu’une seule source principale d’éclairage, elle produira ce que l’on appelle une lumière dure. C’est-à-dire qu’elle créera des ombres dans le visage de l’acteur. Idéalement, positionnez votre source en hauteur avec un angle latéral d’environ 40 degrés par rapport à la caméra (3/4 face). C'est toujours le premier projecteur que l'on règle. La lumière peut être diffuse ou brute.
L'ambiance : Pour contrecarrer les effets d’ombres, il faut doubler la source de lumière avec un éclairage secondaire. Placez symétriquement le second spot, même hauteur, même angle par rapport à la caméra, dans l’autre sens. Cette lumière va équilibrer la face. En général, elle est diffuse, d'une intensité plus faible que la face et positionnée plus basse également.
Si vous n’avez pas accès à un second spot, il est possible d’utiliser un écran blanc (un objet plat à grande surface blanche comme un grand carton solide), ou ce qu'on appelle un réflecteur, pour faire rebondir la lumière de votre spot sur l’autre côté du visage de votre acteur.
Le contre : Si vous avez accès à une troisième source de lumière, vous pouvez créer un contre-éclairage en positionnant la source à contre-jour ou latéralement derrière votre sujet. Il s’agit d’une source de lumière faible qui vous permet de créer une certaine distance entre les acteurs et le décor. Le contre-éclairage crée par le fait même un contour à votre acteur, le définissant et le distinguant clairement ainsi de l’arrière.
Voici un exemple concret de ce que cela peut donner au fur et à mesure du réglage des différentes sources de lumière.
Pour écouter Stéphanie Weber Biron, directrice de la photographie, expliquer le principe de l'éclairage en trois points :
La direction de la lumière
Lorsqu'on n'utilise pas un éclairage en trois points, on va pouvoir jouer avec la position et la hauteur du projecteur pour travailler avec les contrastes et les ombres au niveau du visage des personnages. Cela a des conséquences sur la dramatisation du film, c'est-à-dire sur le sens qu'on veut donner à une scène.
Sur le schéma ci-dessus, on retrouve les principaux positionnements. Voici quelques exemples plus concrets.
3/4 face : Aussi appelé éclairage Rembrandt, c'est le type d'éclairage le plus souvent employé car c'est celui qui équilibre le mieux les ombres. On le reconnait au petit triangle de lumière plus ou moins marqué sur le côté opposé au visage du personnage. Il faut placer le projecteur en hauteur et entre 45 et 60 degrés par rapport au sujet. On peut utiliser un réflecteur en face du projecteur pour travailler sur les ombres.
Ruby pleine de marde de J. G. Bastien (2016)
Face : On place le projecteur au-dessus de la caméra et face au personnage. On élimine ainsi toute ombre. C'est un éclairage très frontal qu'on utilise à de rares occasions quand par exemple un personnage regarde un écran.
Ruby pleine de marde de J. G. Bastien (2016)
Latéral : Très souvent utilisé, on éclaire le côté du visage opposé à la caméra. On peut utiliser un réflecteur, ou une feuille blanche, qu'on placera en face du projecteur si on veut atténuer l'ombre du côté qui n'est pas éclairé. Dans le cas contraire, on obtiendra un contraste très marqué et donc très dramatique. Si on veut le marquer encore plus, il est nécessaire d'empêcher la lumière de se refléter avec un réflecteur ou une feuille noirs.
Retour de Vincent Wilson (2017)
Contre : Il s'agit d'un rétroéclairage. On place un projecteur en lumière brute derrière le personnage pour faire ressortir sa silhouette. On peut ensuite placer un réflecteur au-dessus ou en-dessous de la caméra pour faire ressortir le premier plan. Si on désire ne pas voir le premier plan, il suffit de ne pas réfléchir la lumière ou de l'empêcher avec une feuille sombre.
Retour de Vincent Wilson (2017)
Au-dessus : Aussi appelé en douche, cet éclairage est souvent utilisé en intérieur car il reprend l'éclairage d'un plafonnier. Pour styliser le plan, on peut jouer avec les réflecteurs et une contre-plongée pour insister sur la symbolique.
Ruby plein de marde de J. G. Bastien (2016)
En-dessous : Placé en-dessous du sujet, la lumière déforme un peu le visage. Symboliquement, aucune lumière naturelle ne provient du sol, aussi c'est un éclairage qu'on retrouve beaucoup dans le cinéma d'horreur. Dans l'exemple ci-dessous, c'est de cette manière que cet éclairage est employé.
Grimaces de Ian Lagarde et Gabrielle Tougas-Fréchette (2016)
Le cadreur se porte garant de ce que le spectateur verra à l'écran. L'œil collé à la caméra, il vérifie la netteté de l'image, ajuste les mouvements de caméra et la manipule durant les prises de vues. Il est responsable de la composition de l'image et de l'harmonie des mouvements. Il doit anticiper les déplacements des acteurs. C'est également à lui de signaler les anomalies : erreurs techniques, micro ou objet imprévu qui apparaît dans le cadre, images floues, etc. Il suit les directives du réalisateur sous la supervision du directeur de la photographie, de qui il relève directement.
Certains cadreurs sont spécialistes de l'utilisation d'équipements particuliers, comme le stabilisateur Steadicam, ou de conditions particulières, comme le tournage en hélicoptère ou en montagne, les prises de vues sous-marines ou encore médicales.
Sur un petit plateau, le directeur de la photographie agit comme cadreur.
La règle des tiers
Le cadreur se doit de respecter certaines règles lorsqu'il compose son cadre, notamment celle des tiers.
Il s'agit de diviser imaginairement le cadre en neuf parties égales pour savoir où placer les éléments tels que les personnages ou les objets. Il faut visualiser des lignes horizontales et verticales qui partagent le cadre en neuf sections. Cela permet d'avoir des plans trop figés et déséquilibrés. En voici quelques exemples :
Le regard : Pour savoir comment cadrer un visage par exemple, on va placer les yeux sur la ligne horizontale supérieure. On laissera de l'espace à gauche ou à droite selon la direction dans laquelle se fait le regard.
Sang papier de Kevin T. Landry (2017)
L'horizon : Selon qu'on veut attirer l'attention sur le sol ou le ciel, on ne placera pas la ligne d'horizon au même endroit. Elle se trouvera dans le tiers supérieur si on veut davantage voir le sol, et dans le tiers inférieur si c'est le ciel qui prime.
Sang jaune de Julie Roy (2019)
Le mouvement : Si un personnage se déplace au sein du cadre, pour rendre son mouvement plus fluide et naturel, on le placera dans le tiers gauche s'il marche vers la droite et inversement. Dans l'exemple ci-dessous, l'ombre du vampire entre par le bord-cadre droit alors qu'elle se déplace pas le bord-cadre gauche. Elle ne dépassera pas le tiers droit.
Sang papier de Kevin T. Landry (2017)
Il faut garder en tête que la règle des tiers permet aussi d'instaurer les rapports de force entre les personnages. Deux personnages égaux seront placés sur la même ligne tandis qu'un déséquilibre dans une relation peut être montré en modifiant la position par rapport aux lignes. Ci-dessous, on voit bien que dans le plan de Slurpee les personnages sont à égalité, alors que dans celui d'À mères et marées, la rupture entre la mère et son fils est marquée par le déséquilibre instauré grâce aux lignes de force.
Slurpee de Charles Grenier (2016)
À mères et marées d'Alain Fournier (2008)
Cette règle des tiers peut bien sûr ne pas être respectée, mais cela doit avoir une justification dans la mise en scène.
Cadrer efficacement un dialogue
Il est utile de bien maîtriser la règle des tiers pour composer ses plans lorsqu'on veut filmer un dialogue en champ-contrechamp. Pour ce faire, on place le regard du personnage A sur la ligne horizontale supérieure droite s'il regarde à gauche (à l'image) ou la gauche s'il regarde à droite (à l'image). Pour le contrechamp, il suffira que le personnage B regarde et soit placé du côté opposé au personnage A. Cela permet entre autres de laisser le plan respirer.
Keep the customer satisfiedde Quentin Fabiani (2016)
Le court métrage Keep the customer satisfied regorge d'utilisations de champ-contrechamps. Une grande majeure partie du film se passe autour d'une table et la caméra passe de personnages en personnages. Il est alors important de penser ses cadres pour être certain que le public ne soit pas perdu et qu'on sache systématiquement à qui chacun parle. Il faut jouer avec les regards, les bords-cadres et la règle des tiers. Un personnage cadré au centre peut ainsi indiquer qu'il est au centre de l'attention ou qu'il s'adresse à plusieurs personnes à la fois, comme dans l'exemple ci-dessous.
Keep the customer satisfied de Quentin Fabiani (2016)
Une autre technique de cadrage consiste à intégrer le personnage à qui on parle en amorce, c'est-à-dire de dos dans un des bords-cadres inférieurs de l'image. Ce type de cadrage est très utile car, ne voyant pas les lèvres du personnage en amorce, on peut manipuler plus facilement ces plans au montage.
Keep the customer satisfied de Quentin Fabiani (2016)
Dans ce film, la discussion dure plusieurs minutes. Pour ne pas ennuyer l'audience, on ne peut pas se contenter d'un simple champ-contrechamp. Pour cela, on veillera à déplacer la caméra en multipliant les angles de prise de vue au fil de la discussion pour montrer les rapports de force, accentuer les émotions, etc. S'il est impossible de déplacer la caméra, ou pour toute autre raison liée au scénario, on peut déplacer les personnages. C'est le cas ici, les personnages se déplacent autour de la table, redynamisant du même coup les champ-contrechamp.
Scripte
Les scènes d'un film sont rarement tournées de façon linéaire ; c'est au montage que les éléments du puzzle seront assemblés dans l'ordre. Entretemps, le scripte veille à la continuité et à la cohérence du film. Il a les yeux partout, un appareil photo dans sa poche (pour photographier chaque scène afin de reconstituer les moindres détails d'un plan) et un chronomètre en main. C'est cette personne qui est responsable de l'information inscrite sur la claquette.
Le scripte voit au bon respect des raccords, c'est-à-dire des liens de continuité et de cohérence entre les plans et entre les scènes. Autrement dit, le scripte voit à ce que tous les éléments soient identiques entre chaque moment de tournage. Ces liaisons de continuité concernent tous les aspects d'un film : les conditions climatiques (si la scène se passe en extérieur après un orage, le sol doit être mouillé); les objets et les accessoires; et bien sûr les comédiens (coiffure, vitesse de débit et de déplacement. etc.). Toute cette continuité est de mise, d'autant que des tournages d'une même scène peuvent avoir lieu à quelques jours d'intervalle.
Le scripte est l'auxiliaire du réalisateur et du directeur de production. Il établit des rapports artistiques, techniques et administratifs sur tout le travail exécuté sur le plateau. Ces rapports quotidiens servent de journal de bord à l'équipe de production qui est alors en mesure de suivre la progression du tournage et d'être renseignée sur les différents évènements survenus sur le plateau. Le scripte y mentionne tout, y compris les éventuels incidents et accidents, même mineurs.
Le scripte fait également office d'intermédiaire entre le réalisateur et le monteur en rédigeant un rapport de montage et un rapport de continuité dans lesquels chaque prise est décrite de façon détaillée et avec toutes les informations techniques nécessaires à la reconstruction du film.
Chef éclairagiste
Le chef éclairagiste (auparavant connu sous le nom de chef électricien) est le responsable technique de la lumière. Il est l'interlocuteur privilégié du directeur de la photographie. Avec l'aide de son équipe, l'éclairagiste (communément appelé best boy) et le second éclairagiste dont il coordonne et organise le travail, il réalise la lumière conçue par le directeur de la photographie. Durant toute la production, il est responsable du matériel d'éclairage et de son entretien.
Le chef éclairagiste est notamment responsable de l'estimation du temps nécessaire à l'installation de l'éclairage, de l'orientation et du réglage des projecteurs, du contrôle des gélatines de couleur (filtres) et de l'élimination des ombres et reflets indésirables. Les éclairagistes sont également responsables d'établir la puissance de courant nécessaire à l'alimentation des projecteurs et de voir à la sécurité de leur branchement.
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